Les aventures de Tonton Emilou en Roumanie – LA TRANSYLVANIE – article publié dans Pagtour
Les aventures de Tonton Emilou en Roumanie – LA TRANSYLVANIE
Publié dans Pagtour Roumanie le 10 février 2015 grâce un voyage offert par MAXITOURS.
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Tonton Emilou
Après vous avoir présenté dans les numéros précédents le Delta du Danube et les Monastères de Bucovine, le voici en Transylvanie, fin de ses tribulations en Roumanie.
Un peu de géo, mais pas trop : la Roumanie est traversée par le massif montagneux des Carpates qui prend la forme d’un « V » tendu vers l’est. A creux du « V » se trouve la Transylvanie. Un mot qui mot évoque beaucoup de mystère pour moi, pas vous? A l’entendre, on imagine un château dominant une forêt impénétrable avec des ponts branlants qui enjambent des précipices, des forêts impénétrables, des nuits de pleine lune, des hululements et des hurlements de hiboux louches ou de loups garous, des chemins parcourus par des carrosses qui s’enfoncent cahin-caha dans la pénombre, raaaaaaaah ! …
Ok, j’arrête ! Cocher, moins vite, l’aube est encore loin de nous! Bref, nous sommes au pays du prince des Ténèbres : Dracula. A moins de préférer parler de la Syldavie ou de la Bordurie, ces pays improbables nés de l’imagination d’un certain Hergé dans les aventures de « Tintin et le sceptre d’Ottokar », pays entre dictature et opérette… C’est vrai, nous ne sommes jamais loin des clichés.
C’est marrant, c’est un peu comme les chansons également, il y a souvent une chanson liée à un lieu. Ok, revenons-en à nos moutons mais on en reparlera, promis, je ferai une étude là-dessus. Je disais donc, la Transylvanie veut dire « au-delà des forêts ». Cette région se trouve entre les deux barres du « V » tracé par les Carpates et fait partie de la Roumanie rurale et traditionnelle. C’est surtout un pays attachant et authentique avec des villages et des maisons de bois, des églises superbes, des puits à balanciers, des petites routes, des fêtes et des traditions séculaires…
On se croirait parfois dans les romans de Virgil Gheorghiu comme le célèbre « La Vingt-cinquième heure » (adapté au cinéma par Henri Verneuil en 1967 avec Antony Quinn)… D’ailleurs, l’histoire nous rappelle que la Roumanie fut traversée par de nombreux envahisseurs, de quoi en faire une véritable mosaïque culturelle. La langue roumaine est une langue latine, en souvenir de Rome dont elle fut une riche colonie orientale lors de la bien nommée « Dacie heureuse ».
Plus récemment, après la chute du mur de Berlin, le pays est sorti du cauchemar vécu par ses villages menacés de destruction pour recaser tout ce monde dans les villes. C’était signé par le fou furieux et feu (pan!) Ceausescu, pantin dictateur et mégalomane. Aujourd’hui, le pays est pareil à sa fabuleuse musique: tour à tour superbe et mystérieux, joyeux et triste, enjoué et mélancolique. Toujours authentique et tellement vrai.
Le joyau des Carpates
En pleine Transylvanie, la ville de Brasov a comme surnom « Joyau des Carpates » et se trouve à 160 km de Bucarest. Entourant la colline Tampa et dominée par les contreforts des montagnes, Brasov est une cité attachante avec de nombreuses traditions et des festivals. Elle fait partie des cités saxonnes comme en témoignent ses monuments fortifiés et cossus qui confirment sa richesse légendaire. Les visites passent par l’église noire de style gothique et son orgue de plus de 4000 tubes. On peut y écouter de nombreux concerts en saison.
En suivant la Strada Republici, la rue la plus animée de la ville vers la jolie Piata Sfatului (Place des Conseillers), j’aime à me (re)poser à une terrasse avant une visite de la maison du conseil (Casa Sfatului) qui abrite aujourd’hui le musée d’histoire. Si le cœur vous en dit, visitez l’église Saint Nicolas ainsi que le Bastion des tisserands d’où s’envole la télécabine de la Timpa pour de vues splendides sur la ville.
Une dent contre Dracula ?
Tiens, je vous en parlais tout à l’heure… Dracula avait son château non loin de Brasov, à Bran. D’ailleurs, les lieux sont terrifiants, encore hantés par ses horribles souvenirs. Ah, ces portes grinçantes, ces donjons menaçants, ces ricanements étouffés, ces alcôves glacées, ces cercueils molletonnés, la salle de torture… J’en ai le sang glacé. Mais nooooon, je déconne, rien de tout cela.
Le château est tout à fait normal même si nous voilà dans un lieu qui évoque la Roumanie et son rayon légendes et frissons. Tiens, au fait, Dracula, eh bien, il n’a pas existé. Sinon dans le roman de Bram Stocker. Par contre celui qui a inspiré le personnage était bien réel et avait pour nom Vlad Țepeș, prince de Valachie qui avait comme hobby d’empaler ses ennemis. La présence de ce personnage a fait couler jadis beaucoup de sang. Et aujourd’hui beaucoup d’argent en attirant les touristes à une foire aux souvenirs ainsi qu’à un parc d’attraction nouvellement créé non loin du château.
Les lieux ont également fait couler beaucoup d’encre, car nombre de Roumains en ont un peu marre du personnage et auraient, si j’ose dire, une dent contre lui. Quoi qu’il en soit, nul besoin d’une gousse d’ail ni de trembler à l’évocation du « comte des ténèbres » dans le château de Bram, un château très intéressant à visiter, ceci dit. Tiens, le château qui appartient aux Habsbourg est en vente. Mais la famille précitée se réserve le choix du futur propriétaire et veulent en connaître les motivations.
Sighişoara la médiévale
Voici la capitale médiévale de la Roumanie. Sighişoara est l’une des plus belles villes de Roumanie et inscrite comme il se doit au patrimoine Unesco. Non loin des Carpates, cette « ville-musée » a peu changé depuis le Moyen-âge avec ses ruelles pavées, ses impasses, ses façades ventrues de toutes les couleurs. Et ses 150 maisons dans son cœur. Parmi les plus intéressantes, épinglons la maison vénitienne (qui date du 16e siècle), la maison de Vlad Țepeș (encore lui !
Avec sa maison sans doute la plus vieille construction civile en pierre. Non loin, la superbe maison au cerf est surnommée ainsi à cause d’un étrange trophée fixé au coin du bâtiment, en trompe l’œil : une construction spécifique de la Renaissance transylvaine. Quant à la tour de l’horloge, elle permet d’observer de près la ronde des personnages (un peu comme ceux de Prague) qui marquent les riches heures de cette délicieuse petite localité où j’adore flâner.
Sinaia, Peles…
Non loin, la région abrite également le monastère orthodoxe de Sinaia aux superbes fresques. Un lieu qui offre ses moments de douce quiétude. Il est possible d’y loger, que l’on soit croyant ou non, Orthodoxe ou rien du tout. A un jet de pierre, le splendide palais royal de Peleș fut construit en 1883 et se cache au cœur des collines verdoyantes. Cette fantaisie éclectique était encore la résidence du roi Carol de Roumanie au début du 20è siècle. Des dizaines de pièces plus belles les unes que les autres se visitent. Le hall d’honneur décline un plafond orné de vitraux et mène vers diverses salles ornées de riches peintures (salles des glaces et d’armes) avec plein de salons de tous les styles (de musique, florentin, mauresque, turc, français…). Quant au parc et au jardin, il est fleuri avec de superbes vues sur l’édifice royal.
Saxons de Transylvanie
On parle souvent de Transylvanie comme étant le pays des 7 villes fortifiées ou des 7 villes saxonnes. Elles sont un double nom, en roumain et en saxon (allemand). Ce sont Bistritz (Bistrița) ; Hermannstadt (Sibiu) ; Klausenburg (Cluj) ; Kronstadt (Brașov) ; Mediasch (Mediaș) ; Mühlbach (Sebeș) ; Schässburg (Sighișoara)… Voici Sibiu qui fut capitale culturelle européenne de la culture en 2007 (eh oui, rappelez-vous !). Elle fut édifiée au 12è siècle par les Saxons. Ach ! Sacrés Saxons !
Au fait, c’est qui les Saxons ? On imagine des robocops armés jusqu’aux dents avec des casques, des boucliers, des heaumes, des massues avec lesquelles ils jonglaient et (s’) éclataient comme de joyeux drilles lors des batailles. En fait, les Saxons sont des colons originaires de la Germanie de l’Ouest, tout près de chez nous, oui, voire carrément aux portes de la Lorraine, du Luxembourg et même de certains coins de Wallonie liégeoise.
Puisque certains Luxembourgeois ont été invités et incorporés par le Roi hongrois Geza II dans les armées pour contrôler les frontières orientales de son état contre les Tatars et les Turcs ! C’est pour cela que l’on a parlé longtemps des dialectes allemands de ce côté de la Roumanie, comme à Sibiu qui a comme nom allemand Hermannstadt. Il faut savoir qu’à une époque, on y parlait autant Allemand que Roumain, même si aujourd’hui, après un dernier exode imaginé par feu (pan !) Ceausescu, il y a moins de 2% de la population qui parle encore cette langue.
Sibiu arbore un héritage architectural captivant avec encore quelques enceintes fortifiées, un centre médiéval, des places cernées de grosses maisons cossues. Les églises témoignent des mélanges entre racines saxonnes mêlées d’influences hongroises et roumaines. Il suffit d’observer le profil de la cité pour apprécier cette proximité culturelle et historique signée par ses édifices: beffroi de la tour du Conseil, clocher gothique de l’église évangélique, campanile de l’église catholique avec son bulbe; clocher de l’église réformée suivi par les tours et la coupole de la cathédrale orthodoxe.
Atout cœur
Mais moi ce que j’aime énormément en Roumanie, ce sont ces routes de campagne qui relient les localités, par exemple entre Sighişoara et Sibiu. Avec leurs villages aux églises fortifiées, elles ont été édifiées par les Saxons comme Biertan, Calnic, Darjiu, Viscri, Mediaş, etc. Au loin, les Carpates dressent leurs montagnes enneigées jusqu’au bout du printemps. Les paysages qui s’observent le long de la route dépeignent quelques réalités belles et tranquilles de la campagne roumaine. Et si petit à petit, avec le temps, les voitures remplacent les carrioles et les chevaux, il faut savoir que les vaches, les oies, les canards et les poules sont encore souvent chez elles au milieu des villages.
Derrière les barrières de bois, de jolies maisons colorées et des vergers en fleurs; dominant les toits, d’imposantes églises orthodoxes et des citadelles. Mais tout cela ne serait rien sans les rencontres inoubliables avec les villageois, lors des marchés, des foires aux chevaux, des fêtes locales, des mariages, des sorties de messe…
Ici le costume national s’arbore fièrement le dimanche et on sait encore prendre son temps: chapeau vissé sur la tête pour monsieur, fichu pour madame, large sourire aux lèvres pour tous. Et toujours cette chaleur humaine souvent oubliée ailleurs. Une simplicité qui fait chaud au cœur et s’exprime avec des mots de bienvenue, une poignée de mains, un verre de țuică (prononcez « tsuika », délicieux alcool de prunes) surgi d’une poche pour trinquer à toute heure!
Et je ne vous ai pas parlé de la musique roumaine avec ses violons, son cymbalum (tambal en roumain), ses mélodies tantôt tristes tantôt enjouées… (un peu comme dans le grand blond à la chaussure noire)… Des musiques tellement belles qu’elles me donnent toujours le frisson… A écouter sans modération. A bientôt !




